Poèmes typodermiques
Un livre-objet de poésie
Juin 2023 : parution de Poèmes typodermiques aux Editions Les Venterniers, enrichi de photographies en noir et blanc de Nicolas Southon et d’une préface de Michèle Métail.
Prix de la Nuit du livre, catégorie Littérature, 2024.
Présentation : Construit comme un projet de body poetry, au carrefour de l’écrit, du sonore et du visuel, ce livre rend hommage, par poèmes, photographies et tatouages, aux signes de ponctuation et de typographie oubliés, mal nommés, réservés à certains métiers ou encore partagés par tous·tes mais de façons différentes. Il parle de leur histoire, de leur forme, de leur usage, mais aussi, en creux, de mon histoire intime, notamment celle de mon corps.
« L’originalité des tatouages réside ici dans leur prolongation, dans la suite qu’ils déclenchent, car l’énigme de l’anatomie ponctuée se résout par un retour à l’écrit, au poème. (…) Si les poèmes ne manquent pas d’humour, ils sont aussi rêverie, contemplation, voire revendication. » Michèle Métail, préface du livre
En savoir plus :
- Voir la page consacrée au livre sur le site de l’éditeur
- Voir ma participation à l’émission “Scène libre” de la web TV de l’Université de Lille (épisode 1)
- Écouter ma participation à l’émission “Cours d’Honneur” de Radio Campus (épisode 36), j’y lis un des poèmes du recueil (à partir de 1’17’20)
Une performance
Le projet est d’abord né comme un projet d’instapoésie : au fil de l’écriture des poèmes et de la réalisation des tatouages, entre 2019 et 2023, les images et les textes ont été publiés sur ce réseau. Puis à la faveur de la rencontre avec les éditions Les Venterniers, c’est devenu un livre, et enfin comme toujours dans ma pratique, une performance à part entière. Celle-ci a constamment évolué au fil du temps, chaque fois réinventée en fonction des contextes dans lesquels elle avait lieu, jusqu’à devenir participative, le public étant invité à poursuivre collectivement le poème en direct sur mon corps (voir par exemple un compte rendu de performance ici). Un costume lui-même évolutif a été créé spécialement pour l’occasion par la créatrice Alexia Crisp-Jones.
La performance a été jouée par exemple au festival Midi-Minuit poésie de Nantes, au centre d’art Espace o25rjj à Loupian, au festival d’art et tatouage Aiguillage de la Gare XP à Pantin, à La Cabane à Noisy-le-Sec, et à Paris, notamment au théâtre le Local des Autrices avec la revue Entropie, à la Villa des Créateurs pour les Nuits de la lecture, à la Bibliothèque de l’Arsenal (BnF) avec l’association Perec, ou encore à l’Hôtel Nolinksi avec le Printemps des poètes. J’ai aussi été plusieurs fois invitée à la faire dans des contextes de recherche tels que le séminaire “Peaux et merveilles” de l’Université de Montpellier ou la journée “Peaux et parois” à l’Université de Nantes ou la journée “Constellations poétiques : lettres et sons en espace” à l’Ecole normale supérieure de Paris.
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On en parle…
C’est un livre et c’est un corps. Le projet « typodermique » de Camille Bloomfield s’écrit, comme son nom l’indique, autant sur la page que sur la peau de l’autrice elle-même. Car elle s’est fait tatouer chacun des signes typographiques qu’elle a choisi de développer en poème : une esperluette derrière l’oreille, des guillemets sur le mollet, un hashtag sur le flanc… A moins que ça ne soit l’inverse, qu’elle ait choisi d’écrire un poème à partir de chacun de ses tatouages typographiques. Qu’importe ce qui de la poésie ou du tattoo fut réalisé en premier. L’objet final, très beau, fait dialoguer le texte et les photos de parties du corps de Bloomfield, réalisées en noir et blanc par Nicolas Southon. Le tout est à la fois graphique et littéraire. (…)
Guillaume Lecaplain, “Camille Bloomfield, la typo dans la peau”, Libération, 11/09/2023 (retrouver la critique en entier ici)
Michèle Métail, dans sa préface poétiquement intitulée « La poésie à fleur de peau », retrace la longue tradition d’écriture à même la peau, des parchemins médiévaux aux tatouages tribaux ; mais la démarche de Camille Bloomfield est aussi à réinscrire dans la lignée de l’histoirE (herstory) de l’art, celle du body art et de la réappropriation de leur corps par les femmes artistes du XXe et du XXIe siècle, de Marina Abramovich à Yoko Ono, en passant par Ana Mendieta, Isle Garnier, Cindy Sherman, entre autres. En mettant en scène leur propre corps comme objet artistique via un feminist gaze, elles renversent et réinventent la tradition du blason du corps féminin – qui consiste, depuis la Renaissance, pour les poètes, à faire du corps des femmes la matière et l’objet de leur écriture.
(…) Tout, dans l’écriture de Camille Bloomfield, appelle à défiger nos usages du langage, à s’autoriser à expérimenter avec lui.
(…) Peut-être est-ce là la leçon de la poésie incorporée de Camille Bloomfield : libérer le corps, le décorseter, pour respirer ensemble à pleins poumons. »
Lénaïg Cariou, “Camille Bloomfield, la poésie incorporée”, Diacritik, 19/12/2023 (retrouver la critique en entier ici)
Une œuvre poétique et militante, dans l’engagement pour la progression de la langue, pour l’écriture inclusive.
Marion Vannier, “Camille Bloomfield, une poétesse engagée : J’aime le militantisme joyeux”, Fragil, 30 octobre 2024 (retrouver l’entretien en entier ici)
C’est une écriture légère, agile, joueuse, délicatement disposée sur l’étendue du papier. Elle s’amuse des signifiants, investit les multiples dimensions graphiques, phonétiques – la poésie sonore traverse tout le recueil. « C’est quoi ça encore ? », « rebelote », « gnagnagna » : étonnement et ravissement devant la liberté et la diversité de tons. Elle observe, elle écoute ce que les signes se mettent à dire quand elle les anime. On la suit qui avance à tâtons. « Bonne élève j’ai cherché / bonne chercheuse j’ai trouvé », la pensée chemine entre l’enveloppe des signes et les mystères qu’ils recèlent, jusqu’à faire coïncider le tout. Lus par le poème, les signes qui ponctuent le corps en réfléchissent les peurs, indécisions, blessures et colères. Ainsi les expérimentations formelles amènent peu à peu au plus intime, ombrageux, inconnu, fragile. Cet habile maniement de la langue, de l’humour, permet alors de rejoindre, tout en pudeur, nos parts les plus vulnérables, sans rien céder du plaisir du texte.
Elise Bétremieux, éditrice des Venterniers
Poèmes typodermiques articule, par « couches » et « collaborations » (c’est le lexique de Bernard Sève) un travail sur les matériaux (la peau/ la page, le corps du livre, le livre de chair) une réflexions sur les techniques (le tatouage, l’écriture), une exhibition-performance du corps artiste car à chaque signe de ponctuation qui appelle un poème correspond un tatouage sur le corps. Ici s’inverse un paradigme qui a souvent vu dans la lettre à fleur de peau une malédiction (…) — ces lettres sur le corps, ces chiffres, et ces signes disent la mort et la condamnation. Avec Les poèmes typodermiques, Camille Bloomfield inverse le paradigme et ce sont des signes de joie et de libération qui effleurent, dans leur dialogue avec la page, pour dire l’aventure graphique – on pourrait même dire ici bio-graphique. Que ce renversement se fasse à la faveur des signes de ponctuation et non de lettres, de mots ou de chiffres, voilà qui donne à penser. La lettre tue, dit Saint-Paul, et l’esprit vivifie – mais la lettre à fleur de peau peut être fleur de vie. Les Poèmes typodermiques de Camille Bloomfield sont ces fleurs de vie.
Martin Rueff, pour les “Entretiens de la revue Po&sie”, Maison de la poésie de Paris, 2024